Informations extraites du mensuel TELE Satellite. Une référence dans ce domaine, pour nous professionnels !

          

ANGLETERRE
ESPAGNE
SUÈDE

  Le N.T arrive quand 4 millions de foyers ont 1 parabole !
  Complémentarité
  Concurrence avec le satellite
  Les premiers résultats
  Fourniture gratuite du décodeur
  Déploiement
  L'offre des programmes : 48 chaînes






14 chaînes privées pour 80 f/mois
20 chaînes nationales
5 chaînes régionales











Un mauvais exemple
Le public boude
Constat d'échec
14 chaînes privées
5 chaînes publiques





Angleterre

   C'est depuis 1998 que le numérique terrestre est une réalité en Grande-Bretagne. Le Royaume-Uni est en pointe en la matière. Ils essuient les plâtres, ce qui nous permet d'avoir le recul par rapport à leurs choix techniques et commerciaux.

Le numérique terrestre est arrivé à un moment où plus de quatre millions de foyers étaient déjà équipés d'une parabole pour recevoir BSkyB !

   Le modèle anglais en matière de télévision numérique terrestre est un exemple du genre. Il présente un grand intérêt au regard des évolutions attendues en France.
   Démarré le 15 novembre 1998,l'objectif prioritaire étant de proposer une offre élargie alternative au monopole détenu par l'opérateur satellite BSkyB.  Cette première mondiale  a été volontariste et pragmatique, impliquant les pouvoirs publics, industriels, et opérateurs publics et privés. Le service publique de la BBC y a joué un rôle essentiel, n'hésitant pas à s'engager dans une collaboration avec l'opérateur commercial dès 1996. Les diffuseurs analogiques terrestres existants se sont vus attribuer des capacités leur permettant, d'une part la diffusion simultanée en numérique de leurs programmes actuels (simulcast), d'autre part de proposer des programmes supplémentaires : un multiplex complet est ainsi attribué à la BBC, un autre conjointement aux chaînes ITV , Channel 4, Channel 5 et aux chaînes régionales. Plusieurs critères étaient fixés pour ces attributions, notamment la capacité à répondre à l'exigence de variété de programmes, celle d'assurer les services proposés pendant toute la durée de la licence (12 ans), la possibilité donnée aux téléspectateurs d 'acquérir les décodeurs nécessaires, une couverture satisfaisante de territoire. A l'intérieur de chaque multiplexe, il reste possible de modifier les fournisseurs de programmes dès lors que la variété des genres est assurée.

Complémentarité

   Une alliance stratégique commerciale a été conclue dès le départ entre  la BBC et ONdigital, la première désirant valoriser sa présence sur le numérique terrestre dans un contexte de diversification maximale de l'offre faite aux téléspectateurs, et la seconde cherchant la réussite commerciale en bénéficiant de la forte image de marque des programmes de la BBC.
    La télévision publique  s'est donc intégrée à l'offre de base de ONdigital, qui comprend également de nouveaux programmes produits par la BBC dont le financement est trouvé par un relèvement de 3 £ de la redevance. Le lancement commercial de l'offre ainsi constitué est intervenu en novembre 1998, avec une dizaine de chaînes en clair et plus d'une vingtaine en chaînes payantes à caractère thématique (musique, sport, cinéma, jeunesse, etc.). Ces chaînes sont majoritairement nationales, à l'exception de chaîne régionales , galloise (S4C) et écossaises (S2) , même si certaines d'entre elles comportent des décrochages locaux ou des déclinaisons régionales avec BBC Choice pour le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande du Nord. Ensuite, d'autres programmes sont venus renforcer l'offre avec de nouvelles chaînes gratuites (BBC Learning, BBC Parliament et ITV3 ), des programmes payants de la société SDN (paiement à la séance de sport et de cinéma) distribué par ONdigital, et d'autres chaînes optionnelles de ONdigital 5Nickelodeon, Paramount Channel, MTV..).    Ce sont ajoutés des services interactifs avec des chaînes de jeux en ligne (ON games).
   Un service de messagerie électronique (ON mail ), de transactions bancaires, d'accès Internet (ON Net), et de "pay per view" (ON Request).
   En conjuguant les atouts d'un vrai service public et ceux d'une offre commerciale consistante, les promoteurs britanniques du numérique hertzien terrestre ont réussi à créer un cercle vertueux dont les effets ont été rapidement constatés.

Concurrence avec le satellite

   Alors que le numérique terrestre intéresse un potentiel de 17 millions de foyers britanniques recevant la télévision "hertzienne" ( 4 à 5 chaînes ), plus de quatre millions étaient déjà équipés d'une parabole pour recevoir BSkyB en mode analogique au moment du démarrage commercial.
    La concurrence était d'autant plus difficile que démarrait au même moment l'offre numérique "Sky Digital" de BSkyB avec la mise en service du nouveau satellite Astra sur la Grande-Bretagne.
    Composé de chaînes, radios et services, le bouquet "Sky Digital" s'affirmait comme l'offre de télévision par satellite la plus réussie en Europe, voire dans le monde. Mais c'était sans compter sur le problème de transfert des abonnés qui avaient quelques réticences à changer leur équipement ; problème ayant contraint BSkyB à mettre gratuitement à disposition les décodeurs permettant d'accéder à sa "nouvelle " offre numérique.
    Coté des réseaux  câblés, ils étaient en pleine construction et comptaient malgré tout, près de 2,5 millions de d'abonnés. Malgré ce contexte, une étude confortait l'idée qu'un bouquet sur le réseau terrestre avait toute les chances de réussite, dans des conditions, il est vrai, réglementaires et économiques vraisemblablement plus favorables qu'en France.
    Elle révélait que plus de 8 millions de foyers anglais ne souhaitaient pas installer de parabole sur leur toit, que 7 millions estimaient que les tarifs d'abonnement étaient prohibitifs et que 13 millions n'étaient pas encore câblés. En revanche, 63 % des foyers uniquement équipés pour une réception hertzienne terrestre étaient prêts à payer pour de nouveaux services de télévision. Le terrain était donc fertile pour cette nouvelle offre de chaînes et de services.
    L'autre atout du terrestre était sa simplicité d'utilisation. La télévision par satellite nécessite une parabole avec toutes les contraintes que cela pose pour l'installation, notamment en habitat collectifs. C'est un frein, même si BSkyB s'occupe de prendre en charge une partie des coûts d'installation. Le numérique terrestre a l'avantage des moyens "naturels" de réception télévision, avec les antennes existantes sur les toits. ONdigital a d'ailleurs beaucoup communiqué sur ce point dans ses campagnes de communication, par le slogan "No dish, no cable-just a set top box that plugs into your TV and serial" qui servait de fer de lance.
    Il n'en demeure pas moins vrai, qu'en raison des difficultés techniques au démarrage, ONdigital à du intervenir au domicile de ses abonnés afin de régler ces problèmes de réception, car beaucoup d'antennes en Angleterre se sont révélées trop vétuste pour assurer une bonne réception. En conséquence de quoi , ONdigital participe au coût de remise à niveau de l'antenne pour que les factures  à payer ne dépassent pas les 40 £ pour l'abonné.

Les premiers résultats 

   Les premiers résultats du succès ne se firent pas attendre. Après quatorze mois de commercialisation, ONdigital comptait 552.000 abonnés fin décembre 1999. Ces résultats dépassaient les prévisions initiales qui tablaient sur 350.000 abonnés.    Avec une progression de 83 %  l'année suivante, et un taux de désabonnement de 20 %, ONdigital atteindra finalement l'objectif du million d'abonnés fin décembre 2000, ce qui n'est pas si mal comparé à Sky Digital qui comptabilisait 5 fois plus d'abonnés.
    En mars 2001 il y a 87.000 abonnés supplémentaire.
    Les dernières prévisions sont de 1,7 millions d'abonnés en 2003.

   Ce succès de la télévision numérique terrestre au Royaume-Uni tient à deux facteurs :

Fourniture gratuite du décodeur

   Une part importante des abonnements est obtenue par la fourniture gratuite de décodeur en abonnement prépayé à la façon des méthodes marketing utilisées pour les téléphones portables. L'offre est de 99 £ avec un an d'abonnement pour six chaînes aux choix de l'offre "primary", ou à 109£ avec Internet en plus.
    L'arrivée en magasin en août 1999, de téléviseurs numériques intégrés jusqu'à 70 % moins cher ont également contribué à amplifier fortement l'accroissement du nombre de téléspectateurs pour ces programmes numériques . 
    Alors que les décodeurs étaient vendus aux prix de 399 £ (ou 199 £ avec abonnement d'un an à ONdigital), les premiers téléviseurs numériques intégrés (IDTV) coûtaient, en effet, beaucoup trop chers ( un peu moins de 10.000 F) pour inciter les téléspectateurs à se convertir au numérique. Si bien que seulement 10.000 postes IDTV ont été vendus sur les 4,5 à 5 millions de téléviseurs vendus en 1999 au Royaume-Uni.
    La tendance s'est inversée depuis la mise à jour sur le marché de téléviseurs à moins de 300 £ .
    Aujourd'hui le marché britannique est fourni par huit constructeurs qui proposent des 66cm à partir de 500 £. On estime à 200.000 le nombre  de IDTV qui se sont vendus l'année passée. Les  ventes ont également été dopées par le fait que , depuis juin 2000, les acheteurs de téléviseurs intégrés bénéficient d'un abonnement gratuit d'une à 6 chaînes "premium".

Déploiement

   Avec 22 sites installés au démarrage, la télévision numérique terrestre couvrait 60 % de la population avant de s'étendre progressivement au reste du territoire.
   Le démarrage a essuyé de nombreux problèmes techniques, notamment à cause des conditions de diffusion avec des émetteurs 4 à 5 fois moins puissants que ceux prévus pour le déploiement du numérique terrestre en France, et un parc d'antennes qui n'était pas conçu pour capter toute la bande passante.
    Avec aujourd'hui 81 sites en exploitation, la couverture est à 70-90 % de la population avec certaines inégalités entre différents multiplex.
    L'achèvement du réseau de distribution sera effectif avec l'équipement de 150 réémetteurs prévus dans l'objectif d'atteindre une couverture à 90 % pour les multiplex.
    Dans ces conditions, l'arrêt de l'analogique serait pour 2010.

L'offre des programmes TV  Anglais.

  Le réseau numérique en service sur le Royaume-uni comporte actuellement une offre de 48 chaînes. Parmi elles, on retrouve une vingtaine de chaînes gratuites, et vingt autres payantes regroupées au sein du bouquet ONdigital (ou  renommé récemment ITV Digital) avec une offre de huit chaînes Premium et du "pay per view" (Sport  et cinéma) .

  • L' offre en clair

BBC One, BBC Two, BBC News 24 (information), BBC Choice (fictions), BBC Knowledge (éducation), Channel 4, Channel 5, ITV, ITV 2 (films,sports, divertissement), S4C (Pays de Galles), S2 (Ecosse), ITN (information), TV You (Irlande de Nord).

  • L'offre thématique "Primary"

Sky One, The Cartoon Network, MTV, Eurosport, Granada Breeze / Granada Men & Motors (femmes, santé / automobile), Granada Plus (divertissement), Discovery Kids : Discovery Wings (aventures, divertissement pour enfants / aviation, espace, aventure), Carlton Cinema (cinéma & sport), Tast (cuisine), Wellbeing (santé, femmes), Nickelodeon, Comedy Channel, UK Style / UK Horizons (femmes & sciences), UK Gold (cinéma), UK Play (musique & comédie), Onsport 2 (sport).

  • L'offre  premium (abonnement à la chaîne)

Film Four, Sky Premier, Sky Movie Max, Sky Sports 1:2:3, The Adult Channel, TVX et The Fantasy Channel.

  • Bonnus

Onsport 1 (gratuite pour tout abonné ON Digital)

 

Espagne

   Après approbation du gouvernement en octobre 1998, et clôture des appels d'offres le 30 avril 1999, la télévision numérique a été officiellement lancée en Espagne  le 5 mai 2000 avec cinq multiplex nationaux (sur les canaux 66 à 69 ) de quatre chaînes chacun, et cinq autres à l'échelle régionale ou locale (canaux 57 à 65 ) octroyés par les gouvernements régionaux.
   La couverture atteint aujourd'hui 82 % de la population avec 68 sites en exploitation.
   Les diffuseurs analogiques actuels sont regroupés dans deux multiplex nationaux. Les trois autres ont été attribués pour dix ans à un nouvel opérateur, le consortium Onda Digital avec Retevision (l'opérateur technique du réseau numérique) pour principal actionnaire, aux cotés de Carlton et plusieurs investisseurs espagnols.
    L'offre Onda Digital, baptisée "Quiero TV" ,comprend quatorze chaînes dont un canal de cinéma en "pay per view" , l'accès à Internet avec un navigateur embarqué au décodeur et un service E.mail.
   L'abonnement est d'un peu moins de 80 F/mois incluant la mise à disposition du décodeur.
   Huit mois après, cette offre  compte 200 000 abonnés, ce qui est relativement faible par rapport au 12 millions de foyers ! Il faut toutefois souligner que l'absence de simulcast (diffusion simultanée des chaîne numériques et analogiques) n'est pas un atout commercial.
    La date d'extinction de l'analogique a été fixé au 1 er janvier 2012. 

 

Suède : un mauvais exemple

   La comparaison avec le marché est impossible à faire, le numérique terrestre a déjà affaire  à la concurrence très rude des réseaux câblés qui sont  très fortement développés.

   Comme ailleurs, la télévision numérique est une affaire politique, à la différence que la réception hertzienne est très minoritaire en Suède où seulement 1/3 des foyers reçoit la télévision uniquement par voie hertzienne, tandis que la pénétration du câble ou du satellite atteint presque 60 %.
    Pourtant Stockholm espère redonner un coup de fouet au réseau terrestre avec la télévision numérique.
    Tout démarre en 1997 avec la décision d'engager la Suède sur la voie de la télévision numérique terrestre. Le gouvernement donne son feu vert, en dépit des critique face aux incertitudes techniques  et économiques pour un réseau de deux multiplexes  seulement au démarrage, de quatre canaux chacun.
    En juin 1998, les licences de diffusion d'une durée de quatre ans sont attribuées à 9 sociétés sur 57 qui c'étaient portées candidates. La Suède a choisi, contrairement au Royaume-Uni, d'attribuer les capacités numériques progressivement et par service.
   La durée des autorisations (gratuites) est de quatre ans.
    Quelques semaines plus tard se créait "Senda" - société détenue par Teracom, le diffuseur, et Swedish Television, l'opérateur de la télévision publique suédoise - qui a pour mission de commercialiser le bouquet numérique.
    En 1999, le coup d'envoi est donné dans la précipitation, faisant de la Suède le deuxième pays au monde à se lancer, après la Grande-Bretagne....

Le public boude.

   Malgré l'ouverture exceptionnelle du public suédois aux nouvelles technologies, les conditions de lancement se sont révélées catastrophiques en raison, notamment de difficulté techniques :
   A peine quelques centaines de décodeurs se sont vendus, les Suédois l'ayant jugé trop cher (3500 F) et injustifié l'achat de la carte d'accès (205 F/an) donnant droit à l'offre de base, du fait de la redevance qui s'élève déjà à 1100 F.
   D'autres freins s'ajoutent, l'offre parait peu attractive comparée à ce que leur offrait le câble ou le satellite, le contenu bien flou (avec certaines chaînes diffusées en alternance...) malgré quelques chaînes nouvellement créées pour la télévision numérique terrestre, comme SVT4 ( chaîne d'information du service public), Cell (services interactifs commerciaux), Kunscap (chaîne éducative), auxquels se sont ajoutées cinq chaînes régionales et cinq autres privées.
    Par ailleurs, Senda regroupant le service public et l'opérateur technique de diffusion ne semblait pas avoir une stratégie conforme aux attentes des éditeurs de chaînes privées. Devant la pression politique, les autorités ont demandé à Senda de louer les décodeurs (69 F/mois) et ont décidé de lancer un appel à candidatures pour un troisième puis un quatrième multiplex.

   Parallèlement, alors qu'il n'était question dans un premier temps de couvrir que 50 % de la population suédoise, le gouvernement décide d'accélérer le déploiement du numérique sur le réseau hertzien dans l'objectif de 90 % fin 2001.Opérateur technique de diffusion appartenant à l'État suédois, la société Teracom, qui assure la diffusion hertzienne, a le monopole de l'exploitation du réseau numérique terrestre.
    A terme, il est prévu que le réseau touche 98 % des foyers.

Constat d'échec

   Deux ans après le démarrage du numérique, intervenu le 1 er avril 1999, le constat reste décevant avec seulement 80.000 foyers équipés d'un décodeur, soit un peu plus de 1 % des foyers. 
    Le numérique hertzien ne s'est pas imposé face au câble qui compte 2,3 millions d'abonnés, et au satellite avec ces 830.000 abonnés.
   Si le public ne suit pas, c'est que l'offre n'est pas très attractive, même si la télévision suédoise compte maintenant quatre multiplex, en raison de la pressions des opérateurs, et malgré une offre enrichie de nouvelles chaînes avec des nouveaux entrants comme Canal Digital (Canal + ) et Viasat (du groupe privé suédois MTG).

Le service public dispose de son propre multiplex avec cinq chaînes:

   La Suède fonde ainsi ses espoirs sur l'enrichissement de l'offre avec l'exploitation de deux multiplex supplémentaires, et les services interactifs. Mais ce pays aura du mal à redresser la trajectoire après ce premier échec, même si une relance fondée sur les principaux opérateurs commerciaux est actuellement tentée.